dimanche 13 avril 2014

L'Assistance Médicale Indigène - 3

Le troisième volet de cette série sur l'AMI est consacré aux Groupes mobiles d'hygiène. Véritable service de santé de proximité, cette médecine de brousse venait à la rencontre des patients ruraux, n'ayant pas les moyens d'accéder aux soins en ville. Rappelons qu'aujourd'hui encore, la majorité de la population malgache est toujours rurale. 

GROUPE MOBILE D'HYGIÈNE & PESTE :

Identifié sous le numéro 2 bis, ce groupe mobile d'hygiène était sous la diligence d'un pasteurien (voir l'article du mois précédent). 

Le médecin-lieutenant des troupes coloniales André-Aimé DODIN prend la direction de cette unité médicale mobile dont le point d'attache est Manakara. 



Son séjour malgache se déroulera entre 1953 et 1968, où il aura l'occasion d'intervenir à Befotaka sur un foyer pesteux.

Il s'agit d'un territoire limitrophe de celui des Bara, à proximité de l'actuel parc national de Midongy du Sud. Rappelons que cet endroit a aussi été le théâtre d'événement sensible lors de la pacification menée par Lyautey.


GROUPE MOBILE D'HYGIENE & TUBERCULOSE :

J'ignore le numéro d'identification du second cas, cependant son point d'attache était bien Majunga.

De 1962 à 1965, le Dr Joseph Charles RAMARLAH a quadrillé cette immense région en tant que chef du groupe mobile d'hygiène luttant contre la tuberculose.

Mais revenons d'abord un peu en arrière afin de mieux comprendre les conditions de travail de l'époque.

Suite à une erreur de rédaction de l'ordre de mission, son livret de solde est expédié à Fianarantsoa. Ainsi, le Dr J.C. RAMARLAH s'est retrouvé sans salaire pendant deux ans. Heureusement que la solidarité entre médecins existe. Effectivement, c'est grâce à une certaine somme d'argents empruntée auprès d'un confrère - de même promotion - en secteur libéral  que mon père a pu subvenir aux besoins de sa famille (quatre enfants) pendant les deux premières années.

Le Dr J.C. RAMARLAH a donc été désigné pour remplacer un jeune médecin français, chef du groupe mobile d'hygiène. Il n'a pas eu le droit de bénéficier du logement de fonction meublé à l'étage (resté vacant donc), alors que son bureau se trouve au rez de chaussée, au village touristique de Majunga. Si bien qu'il a dû louer une maison à la cité des fonctionnaires dans le quartier de Mahabibo.

La mission du Groupe Mobile d'Hygiène consistait à mener une campagne de radiographie en brousse dans le cadre du dépistage de la tuberculose. Étant donné l'immensité du secteur, l'équipe disposait d'important moyens logistiques :
  • un land rover pour le personnel médical et ses assistants.
  • un 4x4 américain de marque international pour le matériel radiographique
  • des camions pour transporter le carburant et autre logistique...
Ainsi, commençaient les tournées en pays Sakalava, tout en sachant qu'il arrivait aussi à l'équipe d'intervenir en pays Tsimihety, dans le nord-ouest malgache.



(principales agglomérations soulignées mais d'innombrables autres villages visités) 
A titre anecdotique : 
  • il lui arrivait de faire tremper les quatre pieds du lit picot dans des boîtes métalliques remplies de pétrole afin de se protéger des morpions !
  • il arrivait encore dans ces années là que ces "visiteurs médicaux" sentent une odeur particulièrement nauséabonde à des lieux du prochains villages. Il s'agissait d'un cadavre laissé en décomposition sur un étalage spécialement aménagé. La coutume est d'abandonner momentanément le corps à la nature et de récupérer les os ultérieurement, avant son installation dans la sépulture définitive. Ces secondes obsèques seront fêtées comme il se doit.
Une fois les villageois réunis, l'équipe médicale se met au travail. Dans certain cas où la population semble trop "indisciplinée", la diffusion de l'hymne national par haut-parleur permettait de travailler dans le calme :
  • Mise à jour des dossiers médicaux
  • Radiographie pulmonaire
  • Vaccination
  • Consultation
  • Soins
  • Distribution de médicaments
Notons que ces tâches étaient particulièrement éprouvantes étant donné le climat. Ainsi, rien que le port quotidien du fameux tablier de plomb lors des prises de clichés radiographiques, se soldait par une perte d'une dizaine de kilos au DR. J.C RAMARLAH à chaque fin de campagne.

Au bout de ces trois années où il n'a pas beaucoup vu sa famille, le DR. J.C RAMARLAH a demandé sa démission en 1965. Celle-ci sera refusée et il rejoindra sa cinquième affectation à Tananarive à l'Institut d'Hygiène Social - service du Dr Estrade et du Dr Schafner Marthe pour la préparation de la répartition du vaccin BCG à Madagascar (voir l'article).


____________________

Mise à jour ce 19.07.2015 :


Consultation anti-tuberculeux - photo Asnom 1930-1946
Service radiologique anti-tuberculeux - photo Asnom 1930-1946
Institut d'Hygiène Social - photo Asnom 1930-1946
Service anti-paludique - photo Asnom 1930-1946

____________________

Mise à jour ce 22.06.2016

Cette page facebook vous donne une idée de l'état des routes pendant ces tournées : c'est exactement les mêmes conditions en 1962 et en 2016 !